Celui qu'on appelait « Waka sensei »puis Dojo-cho, est le nouveau Doshu.
Ce sera son dernier titre dans la hiérarchie de l'Aïkido. Succédant à son père, il préside aux destinées de la discipline. Il la représente, il en est le garant technique et moral. Tous les jours, après son cours du matin et la formation des Uchi Deshi, il recevra des dizaines de personnes : visite de courtoisie, audiences diverses, délégations des clubs universitaires ou étrangères, Shihan de passage etc. Invités dans le monde entier pour des manifestations exceptionnelles, il sera le point de mire et devra présenter l'Aïkido au plus haut niveau. Il sera jugé, admiré, critiqué. Ses discours simples et brillants devront affirmer son autorité.
NEUTRE ET BIENVEILLANT
Sa présence en qualité de Président d'Honneur dans tous les congrès internationaux sera le gage de leur légitimité, ouvrant et clôturant les séances, il s'abstiendra de peser sur les débats. Arbitre des conflits, neutre et bienveillant à l'égard de tous, il devra gérer les multiples dissensions. Gestionnaire de la fondation d'Aïkikaï, il lui faudra s'entourer de conseillers avisés.
Parviendra-t-il, sans heurt, à faire entrer l'Aïkido dans le 3ème millénaire, moderniser le fonctionnement de l'Aïkikaï, sortir certains maîtres japonais de leurs contingences culturelles et pédagogiques, les aider à briser le carcan de leur propre image, héritage empesé d'une tradition désuète, afin que tout leur savoir, partagé sans retenue, dynamise notre discipline et continue de passionner nos pratiquants ? Charge plus que distinction, il est vraisemblable que personne ne revendique son titre, qui, pour prestigieux qu'il soit, n'a pas l'attrait et les avantages d'un pouvoir quelconque. Quant à l'homme lui-même, les cheveux sont déjà blanc, mais l'allure et jeunes et dynamique. Le visage est ouvert et franc. Souriant, vif et édécontracté, il met les gens à l'aise. Pratiquant facilement l'humour, sa personnalité est finalement atypique dans le monde parfois rigide des Sensei de son rang. Si la volonté, le respect d'autrui, l'abnégation sont un héritage naturel, outre la technique, il a acquis des grands anciens la rigueur et le sérieux en écartant l'austérité et l'ennui. Ils ont veillé sur lui, l'ont aidé à mûrir. Avec son père, ils ont construit la légende de notre discipline.
UNE PUISSANCE NATURELLE
Grands Maîtres inestimables, ils se savent unis par leur fidélité à la famille Ueshiba. Certains nous ont quittés. Ils étaient les plus grands et les plus avancés. Les Maîtres Osawa et Yamaguchi, ne seraient pas partis, sans être sûrs du lendemain. L'Aïkido du nouveau Doshu est classique et précis. L'amplitude et la fluidité de ses mouvements donnent beaucoup d'allure à ses prestations. Toujours bas sur ses appuis, une puissance naturelle se dégage de ses techniques. A l'instar de son père, il pratique toutes les formes sans en privilgier aucune, mais la qualité de son Suwari Waza est exemplaire.
On aura compris que j'ai fais confiance au nouveau Doshu, j'ai du respect pour l'homme et je reconnais le pratiquant. Pas de mystère. Nous avons le même âge. Nous avions 18 ans lorsque nous avons commencé à pratiquer ensemble sous le regard attentif de son père. Jamais au cours de ces heures d'entraînement, je n'ai ressenti d'agressivité ou un quelconque changement d'humeur. L'engagement, franc et total ne laissait jamais place à la frustration. Il ne s'autorisait pas non plus à " tricher " comme nous savons tous le faire de temps à autre. 3ème Doshu, il doit plus que jamais symboliser le ciment de l'union. A lui de cristalliser autour de sa personne toutes les énergies.

